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5 membres de la Cellule se sont envolées hier, mercredi 13, vers le Rwanda; elles seront rejointes par 3 autres le 17.

Ce voyage permettra à la plupart de découvrir le pays des mille collines, de visiter les Mémoriaux dédiés aux victimes du génocide des Tutsi en 1994 et s’y recueillir, de rendre visites aux bénéficiaires de nos actions démarrées en 2005 (veuves de Sahera – maison et élévage caprin -, atelier couture – matériel et formation -, handicapé/es de Rwamagana – v médical, crèche de Kigali – jeux et jouets pédagogiques)

et surtout de visiter les jeunes du Club Urumuri, que nous aidons depuis 2009, visite dont le point d’orgue sera une fête (le 24?) organisée pour remercier les diplômés de leur succés, et qui servira aussi pour envisager de nouvelles actionq appropriées.

Les membres partent avec 480 euros de dons récueillis durant ce dernier mois. Merci aux donateurs.

Par ailleurs, les fonds habituellement recueillis par la Cellule (entre 6000 et 10000 euros par an) seront envoyés, par virement aux moments clés de l’année scolaire. Ces fonds sont amassés lors de notre participation à de multiples événements de la Région, grace à nos stands:

  • soit d’objets d’artisanat rwandais, de produits rwandais (nos célébres café et thé notamment)
  • soit de livres sur le génocide lors de manifestations spécifiques d’information

 

Comme en 2011, une équipe de sept personnes va bientôt se rendre au Rwanda, pour le suivi des actions menées par notre cellule locale de Chalette.
Lors de ce voyage, nous prévoyons en plus du club Urumuri, de rendre visite aux jeunes de AERG, les veuves, visiter les mémoriaux connus ainsi que les moins visités.
Si vous voulez participer:
1) aux dons que nous allons faire aux nouveaux diplômés du club urumuri pour les féliciter et les aider en attendant qu’ils trouvent du travail.
2) aux dons que nous ferons pour participer à l’entretien des mémoriaux.
3) aux dons que nous pourrons faire pour rebooster certaines associations des rescapés, si on le jugait nécéssaire.
4) Si vous connaissez personnellement des personnes susceptibles d’apporter une aide pour trouver un emploi pour nos jeunes,
    vous pouvez me communiquer ces coordonnés pour que je les contacte une fois sur place.
5) Vous pouvez envoyer vos dons avant le 5 juillet à l’adresse suivante en précisant à quelle ligne vous préférez participer:
Cellule Locale d’Ibuka France du Montargois
Maison des Associations
32 rue Claude Debussy
45120 Chalette sur Loing
En vous remerciant d’avance, un rapport détaillé sera fait au retour

Samedi 21 mai: Journée anticoloniale et anti raciste:
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Dimanche 22 mai: Dépots de fleurs au monument:

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Pique Nique au Lac de Chalette:

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JOURNEE DU SOUVENIR DES VICTIMES ET DES HEROS DE LA DEPORTATION

Dimanche 24 avril 2016

Intervention de Monsieur Eric PEPIN Premier adjoint Maire de Chalette sur Loing

 

Mesdames et Messieurs les familles des déportés

Mesdames et Messieurs les représentants des anciens combattants

Mesdames et Messieurs les élus

Mesdames et Messieurs, chers Amis.

 

 

“Comment ces hommes-là et des centaines d’autres, appartenant par leur origines et leur formation aux cadres moyens de la société allemande, protégés apparemment par tous les garde-fous de notre civilisation (la morale, la religion, le droit, les enseignements de l’histoire), ont-ils pu torturer de leurs mains, massacrer eux-mêmes ou faire massacrer sous leurs yeux, par dizaines, par centaines, par milliers, par millions, de sang-froid, à longueur d’années, des familles totalement sans défense, tenant leurs petits enfants par la main, “coupables d’exister”? C’est bien là la question que se posent ceux qui connurent, de près ou par ouï-dire, l’univers concentrationnaire… Aujourd’hui… Je suis convaincue qu’il n’existe pas un peuple qui soit à l’abri d’un désastre moral collectif.”

Ainsi s’est exprimée Germaine Tillion, Ethnologue, dans son livre « Ravensbrück » en 1988. Résistante de la première heure, elle fut l’une des responsables du réseau du Musée de l’Homme créé dès l’été 1940, déportée à Ravensbrück en 1943 et entrée au Panthéon l’année dernière.

 

Mesdames, Messieurs,

En ce dernier dimanche d’avril, nous sommes réunis devant ce monument pour la Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation. Cette journée est née, faut-il le rappeler, au début des années 1950, du souhait des anciens déportés et des familles de disparus de voir inscrite, dans le calendrier des commémorations nationales, une date consacrée au souvenir de la déportation.

Il s’agit bien sûr d’abord d’évoquer le souvenir des souffrances et des tortures subies par les déportés dans les camps de concentration. Mais nous rendons aussi hommage au courage et à l’héroïsme de ceux et de celles qui en furent les victimes. Si nous commémorons la tragédie, nous commémorons en effet aussi l’espoir, le courage, les forces de la vie qui ont fini par triompher des ténèbres.

Le sens de la cérémonie, c’est donc de rappeler à notre échelle le souvenir d’une catastrophe sans proportion et sans commune mesure. Le souvenir de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants plongés vers l’abîme par la folie criminelle d’individus qui demeurent pour l’éternité la honte du genre humain.

En 1945, alors qu’ils progressent au cœur de l’Europe libérée, les Alliés, prennent jour après jour, camp après camp, la mesure de l’horreur. En découvrant les premières images et les premiers témoignages, le monde entier prend avec brutalité conscience de l’une des plus dramatiques tragédies de l’histoire de l’humanité. Et il est de notre devoir de rappeler que c’en fut l’une des plus effroyables et douloureuses pages.

La déportation fut, avec la collaboration servile du gouvernement de Vichy et de l’Etat français, une impitoyable machine à déshumaniser, à tuer hommes femmes et enfants au service d’une idéologie sanguinaire.

 

En évoquant aujourd’hui la mémoire de toutes les victimes de la déportation, il est nécessaire de rendre hommage aux armées alliées et aux forces de la résistance intérieure et extérieure, tous ces résistants, hommes, femmes, communistes, gaullistes, maquisards, simples citoyens, de toutes convictions, de France ou d’ailleurs, qui ont fait face avec courage et détermination pour permettre la victoire sur le nazisme.

 

Ici même, comme sur tout le territoire national, en ce 24 avril, je tiens à honorer la mémoire des victimes des persécutions nazies, des combattants de l’ombre de notre région. Ainsi, en février 1941, le préfet du Loiret donne l’ordre d’arrêter et d’interner plusieurs dizaines de communistes : parmi eux, l’imprimeur Tellier d’Amilly, l’instituteur Laforge de Montargis, lesquels seront internés au camp de Châteaubriant et fusillés le 22 octobre 1941. Egalement, Gustave Noury, responsable syndical, et Gaston Jaillon, ouvriers à l’usine Hutchinson, sont arrêtés en juin 1941 : Gustave Nourry décèdera à Auschwitz et Gaston Jaillon au camp de Maïdanek. J’ai également une pensée pour nos camarades Henri Chaintreau et Emile Cousin.  Enfin le 16 février 1943, une loi de Vichy oblige nos jeunes à partir pour le STO (le service du travail obligatoire) : à Chalette, 147 ouvriers d’Hutchinson furent déportés du travail à Hanovre et en Bavière. Puis c’est le tour de familles juives, telles que les Nowodworski, Korman, Nahoum, Kremenstein, Levinski, Gorkin de Montargis et Chalette, d’être persécutés et arrêtés à la Kommandantur, rue Gambetta à Montargis. Deux camps d’internement seront construits à proximité, à Pithiviers et Beaune la Rolande, dès les premières semaines de la guerre en 1939, sous le gouvernement Daladier, dans le but d’y interner d’éventuels prisonniers allemands mais ils serviront à enfermer plusieurs milliers de personnes, juives, patriotes, dans l’attente de les conduire dans les camps de la mort. Le comble de l’insoutenable est atteint lorsque nous apprendrons que 15 enfants juifs de Montargis et Chalette, âgés de 17 à 3 ans, seront arrêtés puis conduits au camp de Beaune la Rolande avant de connaître les convois pour les camps d’extermination : seulement trois en réchapperont.

 

Mesdames et Messieurs,

La Shoah interpelle chacun de nous au-delà de toute mesure. Elle représente, pour nous tous, une exigence de réflexion mais aussi d’action. Elle nous impose de lutter sans faiblesse ni répit contre toutes les formes de racisme et contre tous les révisionnismes.

Et nous ne pouvons oublier aussi la perpétration d’autres génocides dans le monde tels que celui des Tutsi au Rwanda en 1994, génocide qui fit plus d’un million de victimes innocentes ; la municipalité de Chalette a d’ailleurs participé aux 22èmes commémorations nationales à Paris le 7 avril dernier avec l’inauguration d’un Espace de Mémoire au Parc de Choisy.

 

« Ceux qui ne connaissent pas leur histoire s’exposent à ce qu’elle recommence », écrivait Elie Wiesel, prix Nobel de la paix en 1986.

Et dans quelques années, les rescapés des camps ne seront plus là pour témoigner. Le poète et résistant Paul Eluard avait eu, quant à lui, ces mots devenus célèbres : « Si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons. »

La connaissance du passé est nécessaire à la construction de notre avenir. Il nous faut, toujours, rester vigilants pour traquer les idées, les propos et tous les signes avant-coureurs à de tels crimes.

Aujourd’hui, nous voulons que nos enfants soient à jamais préservés d’une telle abomination. Pour que ce vœu ait toutes les chances de s’accomplir, c’est désormais à cette jeune génération de reprendre le flambeau, d’entretenir cette mémoire et de se battre pour construire un monde plus fraternel, plus humain, où l’ouverture à l’autre et à sa différence est une source de richesse et non de haine et de conflit.

Oui attention ! Les tragédies d’hier peuvent se reproduire aujourd’hui : sous d’autres formes, d’autres masques, mais porteuses du même obscurantisme et de la même volonté d’autoritarisme. Les événements qui ont secoué la France depuis janvier 2015, puis dernièrement la Belgique, en sont une preuve sanglante.

Mais attention aussi de ne pas se cacher la face, car des engrenages, des emballements sont à craindre.  Il a suffi par le passé de quelques mois et il n’a pas été nécessaire qu’une majorité y adhère. Hitler n’a-t-il pas été élu avec 34% des voix ?

Les crimes perpétrés contre des innocents ont mis en évidence que les leçons de l’histoire sur le fanatisme, le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie, la xénophobie sont de toute actualité. Les mécanismes humains qui ont mené au pire sont récurrents, répétitifs. Mais aujourd’hui, nous savons ce qui s’est passé. Nous n’avons pas d’excuses pour ne pas prétendre voir que certains mécanismes sont déjà en marche.

 

Il nous a fallu lutter, pendant de longues années, avec les associations de déportés, internés et résistants, d’anciens combattants, avec les survivants et les familles, pour parvenir à faire enfin passer les grands collaborateurs comme Bousquet ou Papon devant la justice. Notre combat d’aujourd’hui a ceci de radicalement nouveau qu’il n’a plus seulement affaire à l’extrême droite elle-même, mais encore plus dangereusement à la diffusion et la banalisation de ses idées. Il ne faut surtout pas minimiser les pourcentages obtenus par le FN dans les dernières élections. Il faut au contraire les prendre en compte pour en comprendre les raisons sociales et politiques, et donc se donner les moyens d’agir. Ce n’est pas en remplaçant un racisme par un autre, une xénophobie par une autre, que l’on devient républicain ! En se prétendant laïque et républicain, le Front National d’aujourd’hui fait finalement rien d’autre qu’emprunter les mots de l’adversaire pour duper le monde…  Le danger est bel et bien là. Pour des raisons politiciennes, certains politiques cherchent à les rendre acceptables, en spéculant sur la colère qui, elle, est bien réelle… en essayant de capitaliser sur le désespoir qui mine des millions de familles, de salariés, de chômeurs et de jeunes.

Il nous appartient à tous de continuer sans relâche le débat avec nos concitoyens sur ce que nous apprennent justement les leçons de cette histoire et de ce que fut dans notre pays la démission morale et politique de la pensée qui a mené au Pétainisme et à la Collaboration.

Nous continuerons sans faillir à faire en sorte que la mémoire d’Auschwitz, Dachau, Buchenwald, Tréblinka, Bergen Belsen, Ravensbruck, Mathausen, et de tant d’autres camps, résonne dans les consciences comme le souvenir recueilli que nous devons aux victimes, et comme le message du « plus jamais ça » que tous les suppliciés de la barbarie nazie adressent aux générations que nous sommes.

Le supplice qu’ils ont enduré n’est pas le fruit d’un « dérapage » de l’histoire, ni même le monstrueux produit des folies criminelles conjuguées d’Hitler et de ses sbires. C’est le résultat abominable de processus lents et sinueux d’acclimatation des esprits à des idées inacceptables. Mais parce que le peuple de France a toujours su relever la tête, s’unir, et défendre les idéaux républicains, et parce que, si la situation nous donne des raisons de nous inquiéter, les mouvements sociaux et républicains que nous observons en ce moment dans la population nous donnent aussi toutes les raisons de continuer d’agir, de débattre et d’avancer en rassemblant nos concitoyens.

 

En ce jour si particulier, le silence et la méditation conviendraient sans nul doute mieux que les paroles. Mais l’homme a besoin de se souvenir avec des mots pour vaincre la tentation de l’oubli. Gardons alors toujours à l’esprit que le renoncement aux valeurs de notre République, Liberté, Egalité, Fraternité peut conduire au pire.

 

Mesdames, Messieurs, chers Amis,

Je conclurai mon propos par cette phrase superbe d’un grand poète de la Résistance, Louis Aragon, « Seule la lutte contre l’inhumain, si nous acceptons de le combattre ensemble, peut réconcilier celui qui croyait au ciel comme celui qui n’y croyait pas. »

Je vous remercie de votre attention.

 

 

 

Les 21 et 22 mai à Chalette sur Loing:

TRAVAIL DE MÉMOIRE (avec les associations: Ibuka – Mrap – Collectif Immigrés – Anya – Association des Tunisiens du Loiret – Sortir du Colonialisme – AFACS)

JOURNÉE ANTICOLONIALE ET ANTIRACISTE
samedi 21 mai 2016 à l’espace Aragon

HOMMAGE AUX VICTIMES DU GÉNOCIDE DES TUTSI
dimanche 22 mai 2016 square Chevtchenko à Vésines

:

Le devoir de mémoire entend faire reconnaître et transmettre des mémoires douloureuses. Il aide aussi à mieux connaître et apprendre l’histoire pour “armer”, pacifiquement, les citoyens et notamment les jeunes générations. C’est l’objectif de ce week-end qui se veut un temps de réflexion pour articuler l’histoire, la mémoire et l’actualité du combat anticolonial et antiraciste.

Au programme :

samedi 21 mai au centre Aragon
– 14h : introduction de la journée par Gisèle FELHENDER de Sortir du colonialisme
– 14h 30 : présentation de l’exposition “Histoire de l’esclavage ” par Christine LANDER et Gisèle MAZEL,
– 15h 30 : “Le massacre de Thiaroye” par Armelle MABON (1)
(brutale répression d’un mouvement de protestation de tirailleurs sénégalais à Dakar en 1944),
– 16h 30 : “L’implication de la France dans le génocide des Tutsi ” par François GRANER (2),
– 17h 30 : “17 octobre 1961” par Olivier LE COUR GRANDMAISON (3) (près de 200 Algériens exécutés sur l’ordre du préfet Maurice Papon, lors d’une manifestation pacifique),

– 19h : repas sénégalais et palestinien
proposés par Anya et l’Association France Palestine Solidarité (AFPS)

– 20h 30 : documentaire “La banane” de Franck Bieleu
traitant de la maltraitance des travailleurs dans les plantations au Cameroun, suivi d’un débat.

dimanche 22 mai
– 11h : hommage aux victimes du génocide des Tutsi, dépôt de gerbes et prises de paroles devant le monument au square Chevtchenko à Vésines,
– 12h 30 : pique-nique convivial au Lac de Chalette.

(1) Historienne, maître de conférences à l’Université de Lorient.
(2) Auteur de “Le sabre et la machette”, directeur de recherche CNRS à l’Université Paris Diderot, membre de l’association Survie.
(3) Maître de conférences en science politique à l’Université d’Évry-Val d’Essonne.

Monsieur le Maire de Chalette, Monsieur le Président d’Ibuka France, mesdames et messieurs les élus du Conseil Municipal, ….. mesdames et messieurs les membres d’Ibuka France et de sa Cellule Locale à Chalette, mesdames et messieurs les représentants d’associations (MRAP, Autrement autre mots, Femmes Solidaires, AFPS etc ), chers amis ici présents, merci à tous d’être avec nous ce matin pour ces 22èmes commémorations du génocide des Tutsi au Rwanda.
Je remercie aussi le groupe de jeunes qui vient de se joindre à nous, interrompant les travaux de leur séminaire

En effet, le 7 avril 1994, après que de nombreuses alertes et signes extérieurs appelaient la Communauté Internationale à la vigilance, et ce dés janvier 1993, démarrait sous les yeux de celle ci, devant les ONG et les médias présentes au Rwanda, ce qui devint le génocide des Tutsi;
la première réaction de cette Communauté fut de protéger et d’évacuer ses ressortissants, d’ordonner le retrait des Casques Bleus; les ONG et associations humanitaires se retirèrent toutes également, laissant ainsi la population tutsie seule à la merci des interahamwe, de l’armée rwandaise, de la gendarmerie et de la garde présidentielle, de la population hutue et de leur frénésie exterminatrice .

Savamment organisés depuis des mois, des témoignages attestent les préparatifs : entraînements de miliciens, armes cachées, réunions secrètes chez des bourgmestres, préparations de listes, provocations, et « simulations » ont permis de mobiliser la population hutue qui s’est fait actrice et complice du massacre de plus d’un million de tutsi; les quelques personnes, des opposants politiques, qui avaient tenté de s’élever contre ce forfait furent immédiatement supprimées.
La « colère populaire » était donc programmée en vue du « travail », mot désignant habituellement des tâches collectives et dont l’emploi pour signifier « tuer les Tutsi » avait déjà été rodé lors des massacres antérieurs, depuis les années 1960.

Ceci dura 3 mois, prés de 100 jours, où les images défilaient lors des journaux télévisés de France et du monde, dans le flot des actualités au quotidien, entre l’accident du coureur automobile Ayrton Senna et la naissance de la fille de Stéphanie de Monaco.

En fin juin 1994, soient 77 longs jours après le début du génocide (mot susurré en mai de cette année là par les Etats Unis qui évoquent seulement des actes de génocide, pas encore par la France – prononcer le mot aurait conduit à une intervention des USA-), 77 jours donc après, l’Opération Turquoise, aux objectifs ambiguës, mais qualifiée d’humanitaire – des militaires dans l’humanitaire, avec un arsenal et du matériel d’envergure, il y avait de quoi se poser des questions – permit la fuite des responsables du génocide, des soldats de l’armée rwandaise, des miliciens interahamwe et de la population complice qui tous fuyaient devant le FPR, lequel arrivait, seul, à stopper ces massacres organisés, là où les soldats français ne se trouvaient pas!

L’Opération Turquoise réussissait aussi le tour de force de faire montrer, dans les médias, des colonnes de personnes se dirigeant vers le Congo, fuyant la justice, à une distance et dans des conditions incompatibles avec les règles en usage pour les réfugiés, provoquant ainsi la compassion des téléspectateurs et des lecteurs alors qu’ils avaient tous été si indifférents au massacre des tutsi d’avril à juin, et provoquant ainsi le transfert de l’émotion ……… les tutsi étaient oubliés une seconde fois, en si peu de temps, par la communauté internationale!

Aujourd’hui encore, en 2016, l’ambiguïté est orchestrée avec la présence des interahamwe et des soldats génocidaires à l’est du Congo, présence qui sert maintenant le gouvernement burundais lancé dans un processus similaire 22 ans après et toujours dans l’indifférence générale.

Il y a encore 5 jours, quand je commençais à préparer ces mots, je pensais terminer sur une note d’espoir avec l’engagement de plus en plus affirmé de quelques parlementaires français et européens qui venaient de déclarer, à l’intention du ministre des Affaires Etrangères:

« … Nous, Parlementaires de tous bords politiques, estimons que la France doit aller plus loin et souhaitons nous unir aux Rwandais lors de la commémoration du génocide qui aura lieu le 7 avril 2016 » lit-on dans deux Déclarations signées par 43 parlementaires français et par 43 député(e)s du Parlement européen et membres de parlements d’Europe de 17 pays, afin d’envoyer une délégation française à Kigali.

Hélas, M. Ayrault a refusé de rencontrer ces parlementaires. L’Exécutif a rejeté leur proposition, refusant même de prendre langue avec les autorités rwandaises à ce propos.

Malgré tout cette note d’espoir est bel et bien là: le courage et la dignité des élus et des parlementaires qui ont bien voulu que soient érigés des stèles, monuments et espaces de Mémoire, avant hier encore au Parc de Choisy, qui écrivent au gouvernement pour que la vérité soit faite sur les responsabilité de la France, et aussi, j’allais dire surtout ces jeunes, élèves ou étudiants qui prennent conscience que cela fut, grâce au rôle de l’éducation, rôle où nous pourrions être acteur, qui doit s’affirmer, se développer pour nos générations futures; là aussi, avant hier, une belle et émouvante leçon nous a été donnée par des enfants de CM1 et CM2.

Nous, ici et partout, témoignons aujourd’hui, et ne cesseront de le faire comme depuis 22 ans, afin que l’on puisse prendre conscience que la haine des uns des autres, la recherche de boucs émissaires, ne mènent à rien, et provoquent plus de malheurs que de solutions, que le travail de mémoire, l’éducation et la lutte contre l’impunité ne doivent être que les seules armes pour défendre un mieux de vivre ensemble. Du Rwanda 1994 à Bruxelles 2016, les victimes sont toujours innocentes, les tueurs sont toujours sans âme, le rejet de l’autre est leur seul moteur.

Enfin, permettez moi aussi rendre hommage aux Justes, qui n’ont pas hésité, au risque de leur vie et de celles de leurs famille, à cacher et sauver des tutsi et je ne veux pas ne pas terminer sans une pensée pour Naasson Munyandamutsa, docteur psychiatre qui a tant fait pour les rescapés et les traumatismes post génocide, et qui vient de décéder de longue maladie.

Je vous remercie,

ci-dessous le discours du Président d’Ibuka France, Marcel Kabanda, au Parc de Choisy le 7 avril:

Les souvenirs sont nos forces. Ils dissipent les ténèbres. Ne laissons jamais s’effacer les anniversaires mémorables. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates comme on allume des flambeaux » Il y a 22 ans, le 6 avril à 21h, mon voisin de palier m’a appelé. Il s’appelait Déo. Rwandais comme moi, nous nous connaissions. Très vite, il m’a dit deux choses. Il m’a d’abord annoncé que le président de la république du Rwanda était mort dans un accident de l’avion qui le ramenait de Dar-es-Salam (Tanzanie). Alors que je lui demandais les détails, il passa au second sujet de son appel, la menace. Croyez-vous, me dit-il qu’il n’avait pas d’amis ? Ne pensez-vous pas que ses amis vont faire quelque chose. A cet instant, son épouse lui a arraché le combiné a mis fin à la conversation. Mes voisins ont déménagé une semaine plus tard et je ne les ai jamais revus. Par contre j’ai bien vu que la menace était bien sérieuse. Une année plus tard je suis allé au Rwanda pour découvrir que toute ma famille avait été massacrée. Et pas seulement la mienne. Dès le 7 avril, une campagne de meurtres visant les Tutsi, petits et grands, riches et pauvres, était lancée. Des jeunes mus par la haine et galvanisés par une propagande mortifère diffusée par une radio. C’est le massacre le plus rapide et le plus brutal et pourtant très méthodique de l’histoire. Il fit plus d’un million de morts. Toutes les personnes que vous voyez ici dans leur très grande majorité sont des orphelins. D’autres ont perdu leurs enfants, leurs frères et leurs sœurs. Les uns portent des cicatrices visibles sur leurs corps. Mais tous portent en eux, des blessures d’autant plus dures à soigner et à guérir qu’elles ne sont pas apparentes. Dans leur mémoire nous vivons et pour leur rendre hommage nous témoignons. Depuis le 30 octobre dernier nous disposons d’un lieu où nous pouvons nous recueillir, leur offrir une pensée, leur dire que nous existons encore, les informer de ce que nous sommes devenus. Au nom des victimes et des rescapés, je tiens remercier la Mairie de Paris, les élus de Paris et adresser ces remerciements à Mme la Maire, Anne Hidalgo, sans oublier son adjoint, Patrick Klugman, qui a eu le courage politique et la force morale pour faire aboutir un dossier qui traînait depuis quelques années. Vous avez manifesté un sens et une conscience de l’autre qui nous touchent et vous honorent. En effet, vous n’ignorez pas que vous naviguez à contre-courant. Mais vous tenez bien la marche. Car, les marins le savent. La navigation n’est pas seulement une affaire de bon vent. Pour arriver à bon port, il est indispensable que le navigateur sache bien où il va. Comme promis, nous avons maintenant un espace public. Au Père Lachaise, nous dialoguons avec les morts. Ici nous allons dialoguer avec les parisiennes et les parisiens. Je dis merci à ceux qui nous ont accompagnés : mes collègues d’Ibuka France. Ceux qui sont ici et ceux qui n’ont pas pu venir. Parmi eux, Alain qui est en mission au Rwanda et qui aurait aimé être ici. Il m’a chargé de vous transmettre ses amitiés. Au-delà d’Ibuka, UEJF, Mémorial de la Shoah, Collectif VAN, ….

Quelles que soient nos attitudes, mêmes les plus désinvoltes, nous nous sentons confusément membre d’une même communauté, celle du genre humain. Il faut donner aux femmes et hommes et aux jeunes, la possibilité, l’occasion, le lieu de vivre cette expérience. Je suis de la couleur de ceux qu’on persécute. Si je peux penser que le drame du Bataclan ne me concerne pas, si je peux penser que ce qui s’est passé à Zaventem ne me regarde, si je ne peux rien ressentir devant la file des réfugiés pris entre la violence en Syrie et notre égoïsme, si le spectacle des femmes , des enfants et des hommes qui risquent leur vie en tentant de traverser la Méditerranée à bord d’embarcation rudimentaires ne vous dérange pas, c’est qu’il est vain d’espérer que demain sera meilleur. Si je suis seul, ça n’est pas bien grave. Il suffit qu’il y ait quelqu’un, autour de moi pour me dire que je me suis égaré. C’est bien pour cela que nous sommes ici. Un souvenir pour dissiper les ténèbres ? Faire surgir les forces nécessaires au combat de demain ? La formule « Plus jamais ça » apparaît de plus en plus comme une maxime incantatoire, juste bonne pour les naïfs, sans effet sur le cours de l’histoire. Et si l’on se laissait toucher par la caresse de la naïveté ? Soixante-dix ans après, il semble que le petit Prince n’ait pas perdu de son charme. La désillusion des blasés m’insupporte. Le mal sera vaincu par ceux qui sont encore capables de se laisser gagner par le rêve. Le problème est que les gens ne croient qu’en ce qu’ils voient. Au regard de l’histoire, il y a eu autant de répétition du ça » que « Plus jamais ça » a été prononcé. Mais qui sait combien de projets criminels n’ont pas abouti parce que les futurs auteurs ont été neutralisés avant de passer l’acte ? Oui si nous rappelons ce qui s’est passé pour que ça ne se reproduise pas. Une condition cependant. Pour prévenir le pire, il faut commencer dès les premiers signaux : dans nos foyers, dans notre rue, dans notre quartier, dans notre cité. Il faut se mettre dans la peau de l’autre, selon cette parole du professeur de philosophie de Frantz Fanon : « quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous ». Soyons vigilants ! Ne laissons personne derrière.

Au Parc de Choisy, le 7 avril 2016

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