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Archive for mars 2014

Un billet de Colette Braeckman, journaliste belge, spécialiste de la 
région de s Grands Lacs. Bien à vous tous en cette période de 
commémoration. Le temps n'efface rien, il passe et la présence du vide 
est toujours aussi vertigineuse. En choisissant le combat pour la 
justice, peut-être permettons-nous aux rescapés et à leurs familles de 
trouver des raisons de vivre? Merci à vous tous qui nous aidez dans ce 
combat. En union avec vous tous. AG



Le temps n’efface rien





Vingt ans, c’est le temps d’un passage à l’âge adulte pour les enfants 
d’alors, c’est le temps de vieillir pour ceux qui, à l’époque, étaient 
au sommet de leurs forces. C’est beaucoup et cependant ce n’est rien. 
Avril 1994, c’était hier. Enfouies sous la cendre des années, les 
passions ressemblent à des braises prêtes à rougeoyer, les plaies ne 
sont couvertes que d’une mince couche de peau et les cicatrices 
tremblent encore.

Et que dire des chagrins ! Le temps a glissé, le silence s’est imposé, 
la parole s’est figée parfois, on a pu croire que les arêtes 
tranchantes des souvenirs  s’étaient érodées avec les années.

Illusion que tout cela ! Rien n’est plus mensonger que l’oubli, plus 
dangereux que les pleurs canalisés dans les cérémonies officielles. 
Rien n’est plus pernicieux que ces portes qui s’ouvrent, durant 
quelques jours, sur les précipices de l’âme puis se referment sans 
avoir livré les secrets des profondeurs.

Un procès… Un réquisitoire…Une nouvelle révélation… La publication 
soudaine d’archives américaines jusque là mises sous le boisseau…Une 
musique qui rappelle ces temps là, des visages qui sourient sur des 
photos d’archives et soudain, comme un sous marin happé vers la lumière 
glauque, tout remonte. Les images de Kigali se bousculent au portillon 
de la mémoire, les odeurs se faufilent jusqu’aux narines. Des odeurs de 
sang frais, de sang coagulé, de corps abandonnés au soleil, dont même 
les chiens gavés avaient fini par se détourner. On se rappelle aussi 
que la peur elle-même puait,  la terreur dégageait des effluves âcres, 
qui se mêlaient aux larmes des abandonnés sur le tarmac ; la peur 
montait comme une buée autour du stade de Kigali où des gens tentaient 
de se réfugier, elle flottait comme un halo autour du home de Ndera où 
les aliénés furent abandonnés à plus fous qu’eux, elle entourait d’une 
brume navrée l’ETO, cette école technique que les soldats blancs, 
Belges hélas, abandonnèrent en tirant en l’air pour que les mains 
noires se décollent de leurs jeeps.

La peur, le chagrin, les blessures, tout se réveille, car au fond rien 
ne dormait vraiment… La colère est là aussi, la rage, l’impuissance. 
Aussi vivaces aujourd’hui qu’hier, mais avec des racines plus profondes 
encore car aujourd’hui, on sait  à quel point tout avait été annoncé, à 
quel point tout était évitable. C’est une colère brute, intacte, qui 
submerge encore au souvenir de l’ignorance feinte ou volontaire.

Vingt ans après, il n’est pas trop tard pour se laisser reprendre par 
la fureur qu’inspira la lâcheté de ceux qui donnèrent l’ordre du 
départ. Envahir par la tristesse au souvenir du désarroi de ceux qui 
furent empêchés de se comporter en hommes d’honneur, en soldats qui 
auraient été prêts à faire la guerre s’ils avaient ainsi pu imposer la 
paix.

Ces deux décennies ne furent pas calmes. Il y eut d’autres batailles, 
des guerres là bas, des combats ici, contre les pyramides du mensonge 
qui se dressèrent pour tenter d’insulter la mémoire, pour bafouer la 
sérénité des morts et hypothéquer l’avenir des vivants.

Voici vingt ans, les corps s’amoncelaient en tas, le long des 
barrières, au bord des routes. Il fallut des semaines, des mois, pour 
les ranger, les identifier, tenter de les rendre inoffensifs. Mais même 
ainsi, nul ne put les empêcher de revenir, de roder durant de longues 
nuits, de frapper aux portes des mémoires. Aujourd’hui encore les 
disparus tournent dans les nuits du Rwanda, ils creusent les précipices 
du manque, de l’absence. Ils ricanent en voyant les enfants des années 
d’après, ils bénissent les nouvelles familles, les puzzles qui se sont 
reconstitués.

Mais  à chaque printemps, alors que Pâques remplit les églises et 
efface les odeurs d’hier, les morts glissent le long des murs repeints. 
Ils rappellent combien, face à la mémoire exigeante, inlassable, 
fragiles sont les cloisons de la volonté, étroites les balises du 
futur…Vingt ans après, on croit tout savoir. On s’imagine que tout a 
été dit, on s’adosse à des bibliothèques entières et on déroule 
l’écheveau des récits et des souvenirs.   Mais on découvre aussi, avec 
effarement, que le savoir n’est qu’illusion, que les promesses sont 
fragiles et qu’au fond, on n’a toujours rien compris…Et cette 
conscience là vacille au bord d’un vide qui ne sera jamais comblé…



COLETTE BRAECKMAN

 

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 28/3/2014Vendredi 4 avril : Journée spécialeRetour à KigaliRwanda, 20 ans après le génocidesur France Culture

Le 6 avril 1994, un attentat contre le président du Rwanda Juvénal Habyarimana marque le point de départ d’un génocide contre les Tutsis dont la fulgurance n’a d’égale que l’horreur : en quelques semaines, 800 000 personnes sont massacrées.A l’occasion de sa vingtième commémoration, ce génocide continue à nous interroger. Comment comprendre, avec le recul, ce qui s’est passé ? La justice a-t-elle apaisé définitivement les antagonismes et les douleurs ? Peut-on parler de réconciliation de la société rwandaise ?  Le  président Paul Kagamé va-t-il tourner définitivement la page de cette histoire ?Au cœur de l’Afrique des grands lacs, le Rwanda connait aujourd’hui une grande vitalité économique. Comment ce pays s’est-il reconstruit ? Quel est l’état d’esprit de la jeunesse ? Quels sont les échos  et les conséquences dans la région  du drame rwandais ?   L’Afrique saura-t-elle éviter à l’avenir de nouvelles flambées de violence ?

Vendredi 4 avril, France Culture consacre une journée spéciale au Rwanda avec Les Matins et le magazine de la rédaction en direct de Kigali. Elle propose cinq reportages exceptionnels des « Pieds sur terre » et plusieurs émissions de Paris, ainsi que des rendez-vous tout au long de la journée dans les journaux de la rédaction.

En partenariat avec   et

En direct de Kigali :6h30-9h LES MATINS par Marc Voinchet et la Rédaction, avecAvec notamment Jean Paul Kimonyo, historien, politologue rwandais, auteur de : Rwanda, un génocide populaire (Karthala)Colette Braeckman, spécialiste de l’Afrique pour le journal belge, Le Soir, elle vient de publier Rwanda, mille collines, mille douleurs (Nevicata).Cyril Bensimon, envoyé spécial du journal Le Monde

18h20-19h LE MAGAZINE DE LA REDACTION par Ludovic Piedtenu20 ans depuis le génocide rwandais, 20 ans d’instabilité dans l’est du CongoReportage des deux côtés de la frontière rwando-congolaise Côté congolais au Nord-Kivu (Région de Goma) : zoom sur les FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda) formées de Hutus rwandais réfugiés dans cette zone depuis 20 ans, contre lesquels la MONUSCO lance ces jours-ci une ultime offensive pour obtenir leur démobilisation, leur désarmement et leur retour au Rwanda. Rencontre avec ces soldats cachés dans le Nord-Kivu. Côté rwandais : reportage sur l’accueil croissant de ces miliciens démobilisés. Le Rwanda cherche à les réintégrer à la vie civile après parfois 20 ans passés dans la forêt congolaise.

Sur l’antenne de France Culture :6h-6h30 UN AUTRE JOUR EST POSSIBLE par Tewfik HakemPatrick Saint-Exupéry et Hippolyte pour leur album La fantaisie des Dieux. Rwanda 1944 (Les Arènes)

6h45 LES ENJEUX INTERNATIONAUX par Thierry GarcinComment caractériser le régime politique ?

7h32 PIXEL : Quel souvenir du génocide là-bas et ici (France et Belgique), vingt ans après ? – Laure de Vulpian, Abdelhak El Idrissi

12h-13h30 LA GRANDE TABLE par Caroline Broué  1ere partie : Benjamin Rutabana, écrivain, chanteur, pour son livre De l’Enfer à l’Enfer, Du Hutu Power la dictature de Kagame (Books Editions) et son album Amnesia (Rwanda, twenty years later)Jean Hatzfeld, écrivain, auteur de Englebert des Collines (Gallimard), grand témoin2e partie Jean Hatzfeld, écrivain, pour son livre Englebert des Collines (Gallimard).

12h30 JOURNAL – Antoine MercierAurélia DEVOS, Vice-procureure au TGI de Paris

13h30-14h LES PIEDS SUR TERRE par Sonia Kronlund

Du lundi 31 mars au vendredi 4 avril : Rwanda, 20 ans plus tard, comment ça va avec la douleur ?Une série de 5 documentaires enregistrés au Rwanda :

Lundi Kigali à marche forcéePortrait de la ville de Kigali et de son développement économique à marche forcée un samedi d’Umuganda (travaux d’intérêt généraux obligatoires). Avec Marcel Kabanda, historien, Paul Kagamé (lors d‘un meeting), une veuve hutu, et les habitants d’un bidonville de Kigali.

Mardi InnocentAutour de la réconciliation (et de son impossibilité) entre Tutsis et Hutus, à Nyamata, dans le Bughesera, avec Innocent, professeur de français au lycée secondaire, rescapé du génocide, et un ex-génocidaire tout juste sorti de prison qui vient de retrouver sa parcelle.

Mercredi Avoir 20 ans au RwandaIls ont l’âge du génocide, sont étudiants à Nymata, au sud de Kigali et à Gisenyi, à la frontière avec le Congo : Que savent-ils du génocide ? Qu’en apprennent-ils à l’école ? En quoi cela diffère-t-il de ce que leurs parents leur disent ? Comment voient-ils leur avenir et celui de leur pays ? Quel regard portent-ils sur nous ?

Jeudi Les AbunzisLes Abunzis sont des petits tribunaux de campagne qui règlent les litiges mineurs liés à la transmission et au partage des parcelles. Etude de cas et aperçu du grand redécoupage des terres qui a eu lieu à la suite du génocide.

Vendredi La Shalom HouseThierry Sebagamwa, rescapé du génocide à Butare, a créé dans la maison de ses parents un petit musée de la Shoah qu’il appelle sa « Shalom House ». Il consacre désormais toute une partie de sa vie à transmettre la mémoire de la Shoah aux jeunes générations de Rwandais, en espérant de cette façon les aider aussi à comprendre leurs propres traumatismes.

22h15-23h HORS CHAMPS par Laure AdlerAvec Hélène Dumas, historienne, auteure de Le génocide au village (Seuil, coll. L’Univers historique)

Et aussi,

vendredi 4 avril

9h05-10h LA FABRIQUE DE L’HISTOIREMali / Centrafrique – L’Etat colonial est-il de retour ?Table-ronde enregistrée le 29 mars au Forum France Culture « L’année vue par l’histoire », animée par Séverine LiatardAvec Pierre BoilleyMarielle DebosJacques Frémeaux

Samedi 5 avril

12h45-14h AFFAIRES ETRANGERES par Christine OckrentAvec Colette Braeckman, spécialiste de l’Afrique pour le journal belge, Le Soir, elle vient de publierRwanda, mille collines, mille douleurs (Nevicata).Frédéric Encel, docteur en géopolitique et maître de conférences à Sciences-Po ParisThierry Vircoulon, directeur du projet Afrique centrale à International Crisis Group.

Ainsi qu’un dossier spécial sur franceculture.fr : « Rwanda, 20 ans après » regroupant toutes les émissions et la mise en avant du travail du photographe Alexis Cordesse.

franceculture.fr

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Le 22 mars 2014, Ibuka France et sa Cellule Locale de Lyon ont rendu hommage à Mr Veschaeve, au cimetière de Villeurbanne.

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Ibuka France rend hommage à François-Xavier Verschave en posant une plaque sur sa tombe à Villeurbanne
Vous êtes cordialement conviés à cette cérémonie qui aura lieu ce samedi 22 mars 2014 à 14h00 au Nouveau cimetière de Cusset
192 rue Léon Blum
69100 Villeurbanne

Quelques informations pratiques :

Pour y aller

1. Prendre le Bus C3 direction Vaulx-en-Velin
Ou le Bus C17 Direction Charpennes
Arrêt « Bon Coin » puis une marche de 4 minutes environ

2. Pour ceux qui viennent de Laurent Bonnevay
Prendre le Bus C8 Direction Grange Blanche
Arrêt : cimetière de Cusset

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Ibuka France a le plaisir de convier aux cérémonies des 20èmes commémorations du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994

.
A Paris, le 7 Avril 2014, cet événement se traduira par un rassemblement sur le Parvis de l’Hôtel de Ville de 15 à 17h00 suivi d‘une veillée commémorative au siège des Médecins du Monde : 62, rue Marcadet 75018 PARIS, M° Marcadet Poissonniers (L4 ou 12)

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Toutes les autres activités par ville sont consignées sur le programme en page « 20émes Commémorations » de ce site et sur le  site d’Ibuka France.

.

Nous comptons sur votre présence en grand nombre pour rendre hommage aux victimes

A très bientôt !

Bien cordialement

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Voilà qu’arrive la nouvelle de l’appel de Simbikangwa. Il faut
maintenant souhaiter qu’il obtienne la perpétuité. mais il n’y a rien
de très emballant à se replonger dans cette affaire. On ira tout de
même avec détermination.

Pascal Simbikangwa, premier Rwandais jugé en France pour le génocide
des Tutsi en 1994 au Rwanda, a fait appel de sa condamnation à 25 ans
de prison, a-t-on appris mardi de sources judiciaires.
Ses avocats, Fabrice Epstein et Alexandra Bourgeot, ont indiqué à l’AFP
avoir déposé mardi cet appel, sans plus de commentaires.
Ils avaient dénoncé dans leurs plaidoiries et après le verdict un
procès dont l’accusation reposait uniquement sur des témoignages,
qu’ils s’étaient attachés à mettre en doute, et tenu pour des motifs
« politiques », à quelques semaines du vingtième anniversaire d’un
génocide dans lequel le rôle de la France a été très critiqué.
Le parquet général a formé un appel « incident », c’est-à-dire permettant
de requérir une aggravation de la peine lors du procès en appel, a-t-on
par ailleurs appris de source judiciaire.
L’accusation avait réclamé la perpétuité et la cour d’assises de Paris
a finalement condamné vendredi l’accusé à 25 années de réclusion
criminelle pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité.
Le capitaine Simbikangwa a nié toutes les charges, affirmant avoir
traversé les 100 jours du génocide qui fit 800.000 morts,
principalement des Tutsi, sans voir un seul cadavre.
Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le
Rwanda, à l’origine de la plainte ayant débouché sur ce procès
historique, s’est déclaré « pas étonné » par cet appel.
« Ca ne nous étonne pas, ça ne nous réjouit pas non plus, il va falloir
reprendre tout ça », a-t-il dit à l’AFP, tout en estimant que,compte
tenu des délais d’organisation d’un tel procès hors-norme (six semaines
d’audience, une cinquantaine de témoins dont près de la moitié venus du
Rwanda), « il y aura d’autres procès d’ici là ».
Vingt-sept informations judiciaires sur le Rwanda sont actuellement
traitées au « pôle génocide » du parquet de Paris, dont deux sont proches
de la fin de l’instruction.

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L’association Ibuka France oeuvrant pour la mémoire des victimes du génocide des Tutsi salue la décision de la Cour d’assises de Paris du 14 mars 2014 condamnant Pascal Simbikangwa pour son rôle actif dans l’extermination des Tutsi et pour complicité de crime contre l’humanité en raison de l’assassinat des Hutu opposés à la logique meurtrière.

Cette décision de la justice française, en reconnaissant sans ambiguïté aucune la réalité du génocide commis contre les Tutsi, constitue un geste fort qui réhabilite les victimes dans leur dignité.

Elle rappelle que la reconstruction des rescapés et celle de la nation rwandaise passent nécessairement par un travail de justice qui ne fait que commencer en France.

Et nous rappelons donc aux autorités judiciaires et politiques françaises afin que les criminels vivant sur le territoire national répondent de leur responsabilité dans cette immense tragédie de la fin du XXe siècle.

Fait à Paris le 17 mars 2014
Marcel Kabanda

Président d’Ibuka France

Ibuka France

http://www.ibuka-france.org

 

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Paris, le 14 mars 2014 –

A l’issue du verdict du Jury de la Cour d’Assises de Paris, le CPCR et Survie, parties civiles dans le procès du rwandais Pascal Simbikangwa expriment leur satisfaction de voir l’accusé reconnu coupable et condamné à 25 années de réclusion pour des actes commis durant les 3 mois du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994. Nos organisations rappellent que ce procès historique est le premier d’une longue série à venir.

A quelques semaines de sa 20 ème commémoration, ce verdict a ouvert une brèche contre l’impunité des auteurs présumés de ce génocide en France résidant en France, après des lenteurs de procédures qui ont vu la France condamnée en 2004 par la Cour Européenne des Droits de l’Homme dans l’affaire Wenceslas Munyeshaka.

Organisé dans de bonnes conditions, après une instruction sérieuse, ce procès, au-delà de ce seul verdict a permis de réaffirmer que le génocide des Tutsi au Rwanda n’était pas contestable. C’est ce qui ressort clairement du prononcé de la feuille de motivation du verdict, exposée par le Président Olivier Leurent.

Le déroulement des audiences avait pourtant été marqué par la répétition par l’accusé et ses défenseurs de discours visant à atténuer la réalité et l’ampleur du génocide des Tutsi, par le biais notamment de la contestation de certains faits, tels que la préméditation et l’organisation soigneuse de ce génocide, ou d’accusations « en miroir ». Une stratégie du déni et du mépris adoptée par la défense jusque dans sa plaidoirie qui a choqué de nombreuses personnes présentes, parties civiles et rescapés en particulier.

L’avocate de la défense a ainsi prononcé des mots particulièrement choquants pour les familles des victimes présentes, insistant sur l’absence des victimes du côté des parties civiles. Alain Gauthier, président du CPCR avait pourtant rappelé à la barre que « la marque du génocide, c’est le silence de nos morts »

La Cour d’Assises de Paris a considéré que « la thèse soutenue par l’accusé d’un mouvement populaire chaotique spontané, incontrôlable, non concerté et inorganisé ne concorde nullement aux constatations réalisées tant par les historiens que par les témoins visuels, journalistes, rescapés et diplomates qui ont tous relaté au contraire la préparation et l’organisation particulièrement efficaces des massacres perpétrés en raison de motifs politiques ou raciaux. Cette thèse du chaos généralisé est également incompatible avec l’ampleur des tueries commises et leur propagation à tout le pays.  »

De même, la Cour s’est dite «  convaincue que le crime de génocide tel que défini par l’article 211-1 du Code Pénal, à savoir l’existence d’atteintes volontaires à la vie ou d’atteintes graves à l’intégrité physique ou psychique, en exécution d’un plan concerté, tendant à la destruction totale ou partielle du groupe ethnique Tutsi a bien été commis au Rwanda entre avril et juillet 1994  ».

La tenue de ce procès 20 ans après les faits, le faible nombre de rescapés, donc de témoins, la prescription des accusations de torture auront été autant d’obstacles pour l’accusation et pour les jurés qui ont cependant, en leur âme et conscience, décidé d’inculper Pascal Simbikangwa de « crime » de génocide, comme réclamé par le Ministère public dans son réquisitoire, et non de simple « complicité » de génocide, pour des faits commis à Kigali.

L’importance du dossier d’accusation constitué lors de l’instruction pour la préparation de ce premier procès d’un présumé génocidaire en France a confirmé la nécessité de voir le Pôle génocide et crimes contre l’humanité du TGI de Paris, créé le 1er janvier 2012 disposer de moyens suffisants, à renforcer dans la perspective des nombreux procès à venir.

Le verdict de ce procès n’est en effet qu’une étape dans la voie de la vérité et de la justice qui vient de s’ouvrir en France. 27 des 33 affaires instruites par le Pôle génocide et crimes contre l’Humanité concernent le Rwanda, dont 7 concernent la complicité présumée de militaires et mercenaires français dans le génocide. L’association Survie, partie civile dans ces 7 dossiers, milite depuis de nombreuses années pour que la responsabilité de dirigeants français, politiques et militaires soit également établie et jugée, ce qui n’ était pas l’objet du procès Simbikangwa.

Les parties civiles de ce procès, qui n’ont pas été épargnées par l’accusé et par sa défense, accusées de disposer de moyens considérables et de manipuler les témoins, ont tenu à montrer dans leurs interventions et plaidoiries que leur présence n’était pas liée à un acharnement contre un homme, mais bien à un combat citoyen contre l’impunité, appelé à se poursuivre. Pour le CPCR, dont l’unique objectif est la poursuite des présumés génocidaires complaisamment accueillis en France, ce verdict est un formidable encouragement à continuer ce combat contre l’impunité, « sans haine ni vengeance« , mais avec détermination.

 

Analyse Jeune Afrique: http://www.jeuneafrique.com/Article/JA2776p043.xml0/

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